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25.04.2008

BROUILLARD SARKOZYEN

Au-delà du caractère souvent approximatif de son propos, c’est une sensation de malaise et d’étrange décalage entre l’illusion et la réalité que l’on retiendra de l’intervention de Nicolas Sarkozy jeudi soir à la télévision.

Sur les problèmes économiques, mal à l’aise et incapable de sortir de ses contradictions, Nicolas Sarkozy a tenté de faire oublier ses promesses de campagne concernant le pouvoir d’achat, en se réfugiant derrière le succès d’apparence que constitue la baisse du chômage et en entretenant l’illusion d’une croissance possible en 2008 à 1,8%. Brouillard, confusion, compote de pommes et hypocrisie

Sur les clandestins, le Président de la République, tout en confondant, volontairement ou non, naturalisations et régularisations, affirme qu’aucun règlement global ne sera effectué et que les dossiers seront examinés « au cas par cas ». Alors ? 50 000, 100 000 « cas par cas » ? Ou 800, nombre de demandes pour l’instant déposées (ce qui ferait déjà, il est vrai, 800 de trop) ? Brouillard, confusion, compote de pommes et hypocrisie.

Sur la Turquie, tout en confirmant son intention de procéder à la révision de la Constitution pour retirer aux Français le droit d’être consultés automatiquement avant tout élargissement de l’Union Européenne, le Chef de l’Etat indique qu’il soumettrait au référendum l’entrée de la Turquie, à laquelle il affirme s’opposer et dont il continue, il est vrai, de dire avec raison qu’elle n’est pas européenne. Mais cette question ne serait en tout état de cause pas posée avant 2014. Le Président de la République, qui, dans le même temps, nous dit qu’il ne pense, pour le moment, pas le moins du monde à effectuer un second mandat –et dernier puisque les Institutions, revues et corrigées une nouvelle fois, interdiront d’effectuer plus de deux quinquennats –, sait bien qu’il ne sera probablement plus aux responsabilités le jour venu. Brouillard, confusion, compote de pommes et hypocrisie.

Sur l’affaire du Hamas, en assurant qu’il ne parlera jamais avec ce qu’il considère, à juste titre, comme une organisation terroriste, Nicolas Sarkozy a me semble-t-il raison, comme il a raison de parler des talibans comme il l’a fait (encore que, pour  être cohérent avec lui-même, il devrait dès lors dénoncer avec autant de force l’islamisation sur notre propre sol). Mais dire qu’aucun dialogue ne peut avoir lieu avec le président iranien semble totalement surréaliste et particulièrement duplice, dans la mesure où la diplomatie française continue, bien évidemment et bien heureusement, à entretenir les relations nécessaires aux équilibres mondiaux et à la diminution des tensions. Brouillard, confusion, compote de pommes et hypocrisie.

Pas un mot, enfin, sur la famille, pas un mot sur l’Europe, pas un mot sur les relations transatlantiques, pas un mot sur le devenir de la France qui, décidément, après un an de « rupture » sarkozyenne, s’enfonce dans un brouillard de plus en plus épais, tentant d’avancer à tâtons sans même le secours d’une canne d’aveugle.

 Jean-François Touzé

25/04/08