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21.05.2007

Entretien avec Jean-François Touzé :

fa2a21e3d7dd396c73a6aed8caea3c83.gifLe CHOC DU MOIS (en vente chez les marchands de journaux, 6 € 50) vient de publier un numéro consacré à l'avenir de la Droite nationale. Le dossier commence par un entretien avec Jean-François Touzé. A lire absolument... 

 

POUR UN AGGIORNAMENTO DU FN

Jean-François Touzé est membre du Bureau politique du Front National et Conseiller régional d’Ile-de-France. Proche de Marine le Pen, Directeur du pôle Idées Image Communication pendant la campagne présidentielle, il n’a pas caché les réserves que lui inspiraient certaines orientations stratégiques. Il n’en reste pas moins un fidèle de la vice-présidente du FN.

Le Choc du mois : 2002 : Le Pen au second tour ; 2007 : il arrive quatrième avec 10,44 %. Merci qui ? Merci Marine ?

Jean-François Touzé : Chaque fois que survient un revers, la tentation est grande de désigner un bouc émissaire, en l’occurrence une brebis expiatoire… Je suis frappé de constater que les attaques qui ont été portées contre Marine sont venues soit de personnalités extérieures au Front, soit de cadres dont l’implication dans cette campagne avait été pour le moins discrète. Ceux qui sont demeurés l’arme au pied, ceux aussi qui se sont tus, négligeant, sans doute par timidité, de porter la critique quand et où il était nécessaire de le faire, ne me semblent pas les mieux placés pour critiquer une directrice stratégique qui a eu, en tout cas, le mérite d’accepter une responsabilité majeure quand d’autres choisissaient le confort de leurs positions au sein de ce qu’il faut bien nommer une nomenklatura.

Il n’y a donc pas eu d’erreurs stratégiques ?

Je n’ai pas dit cela. J’ai été un des rares dirigeants du FN à mettre en garde les différents acteurs de la campagne contre des glissements qui me semblaient de nature à brouiller le message. Je n’ai jamais été partisan de ce que certains ont cru bon d’appeler le « gaucho lepénisme ». J’ai la conviction qu’au-delà de notre électorat fidélisé d’origine populaire mais « droitisé », nos segments de progression les plus importants se situent dans les classes moyennes, les commerçants, les artisans, les patrons de PME, autrement dit l’électorat traditionnel de la droite nationale. Une partie de ces électeurs, parce que Sarkozy a fait devant eux la danse des sept voiles, en leur parlant de nation, de travail, de famille,  tandis que nous semblions les délaisser, s’est momentanément éloignée de nous. Je persiste à regretter que nous n’ayons pas d’avantage adressé à cet électorat les messages spécifiques qu’il attendait.

A propos de ce qui fait polémique, et, en particulier les appels du pieds vers un illusoire électorat FN issu de l’immigration qui n’existe qu’à la marge, je voudrais rappeler que Marine n’était pas à l’origine du déplacement sur la dalle d’Argenteuil, et que le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne s’est pas réjouie de la venue de Dieudonné aux BBR, à un moment où nombre de cadres et pas des moindres, qui ne sont pas réputés être les plus modérés du mouvement, se déplaçaient à son spectacle ou même dînaient avec lui. Vous le voyez, rien, jamais, n’est simple, rien, jamais, n’est ni totalement noir ni complètement blanc.

Et l’échec de l’union patriotique ?

Par une formidable intuition politique, Jean-Marie Le Pen a voulu, dès le printemps 2006, organiser, derrière sa candidature, une union patriotique qui m’a d’emblée semblée de nature à créer les conditions d’une réelle dynamique. Cet espoir d’un rassemblement opérationnel tendu vers le succès de notre candidat ne s’est pas concrétisé. Je peux comprendre les réticences de ceux qui ont vécu dans leur cœur et dans leur chair les affres de la crise de 1998. Il me semblait cependant qu’il ne fallait pas être plus lepéniste que Le Pen et que, dès lors que ce dernier entendait, au nom de l’intérêt général, passer par-dessus l’amertume et les regrets, il convenait de le suivre dans cette décision. L’union patriotique n’a jamais pu être matérialisée ; je le déplore. Je ne doute pas cependant que d’autres occasions viendront.

L’explication de la captation de l’électorat par Nicolas Sarkozy pour expliquer l’échec du 22 avril n’est-elle pas un peu courte ?

Il ne s’agit pas de s’exonérer de nos propres responsabilités. Mais qui peut prétendre que le hold-up électoral – au demeurant de bonne guerre car c’est tout de même la loi du genre – opéré par Nicolas Sarkozy sur notre électorat droitier n’est pas la cause première de notre insuccès ? Je crois que notre diagnostic de départ était juste : les Français étaient excédés et à bout de patience. Mais cette envie de changement, de rupture, dont nous pensions légitimement qu’elle ne pouvait se manifester qu’en faveur d’un candidat extérieur au système, a poussé les électeurs à choisir au premier tour celui dont ils pensaient qu’il serait à même d’appliquer ne serait-ce qu’une infime partie du projet qui est le nôtre et dont ils étaient demandeurs. Dans beaucoup d’esprits, et on peut les comprendre, un peu c’est toujours mieux que rien. La tentation d’un vote pseudo utile a été plus forte que nos mises en garde.

Les scores électoraux de Jean-Marie Le Pen sont toujours très en deçà des 25 à 30 % de Français, selon les périodes, qui se disent en accord avec ses idées. Comment l’expliquez-vous ?

Nous n’avons jamais réussi à faire passer l’idée que nous serions aux responsabilités. A partir de là, nous atteignons les limites de l’épure protestataire, tandis que  le champ de l’action continue de nous échapper. Dès lors, notre réflexion doit porter sur la rénovation du FN et de ses structures ainsi que sur la fonction du FN. Nous avons basé notre engagement politique sur l’idée que ça passe ou ça casse. Rien ne dit que ça passera, rien ne dit que ça cassera non plus. On doit étudier toutes les possibilités.

Le tout est de savoir s’il est possible demain d’arriver au stade où d’autres formations et d’autres responsables politiques pourraient s’agréger autour de lui, parce qu’il constituerait l’axe majoritaire de rassemblement. C’est l’objectif que nous devons mettre en avant, mais pour lequel il faut atteindre 20 à 25 %. Cela passe par un travail renouvelé de crédibilisation, encore et encore… 

Et la présence militante sur le terrain, pour le moins discrète ?…

Je n’ai cessé de le répéter : la présidentielle, ce n’est pas seulement la rencontre d’ un homme et d’ un peuple, c’est aussi un appareil politique qui soutient un candidat et qui doit être présent sur le terrain de façon constante. Chacun voit bien que le FN, en particulier depuis1998, connaît une crise du militantisme et que ses carences sur le terrain sont désormais préoccupantes. Nous devons nous fixer comme priorités le développement de l’action militante, de la présence au quotidien sur le terrain et le retour de cet esprit de conquête qui n’est rien d’autre que le fameux esprit « frontiste » qui a fait notre force pendant tant d’années.

N’y a-t-il pas aussi des choses à revoir sur le plan doctrinal ?

Une doctrine, c’est quelque chose de fermé, de figé. Je préfère parler d’idées force. Mais on ne peut nier qu’il y ait travail à faire pour clarifier les positions du FN dans un certain nombre de domaines, par exemple les institutions, l’organisation territoriale de la France et la place des nos identités et de nos cultures  régionales, le débat énergétique, la place de la France dans le monde, la Défense nationale… Sur l’Europe surtout: de quelle façon renégocier les traités ? Notre intention est-elle, oui ou non, de rester dans la zone euro ? Comment sortir du carcan imposé par la banque centrale et plus généralement par la Commission ? Quel est le degré de coopération que nous sommes prêts à accepter pour créer les conditions d’une organisation efficace des Etats continentaux et à quelles conditions ? Voilà des questions essentielles auxquelles il faut donner des réponses précises.

Cette rénovation du FN, quand aura-t-elle lieu ? Comment ? Et peut-elle avoir lieu avec Jean-Marie Le Pen à sa tête ?

Je crois que le prochain congrès peut être l’occasion d’opérer cet aggiornamento, et que le seul qui puisse l’effectuer, c’est justement Jean-Marie Le Pen, parce qu’il est Le Pen, et parce qu’il est le point d’équilibre. De quoi va-t-il s’agir ? De répondre d’abord à un certain nombre de questions stratégiques Il me semble tout aussi important d’aborder à cette occasion les questions organisationnelles, structurelles qui sont bien plus essentielles qu’on ne le croit. Il y a un certain nombre de scléroses dans l’appareil auxquelles on peut remédier.

Je le redis :c’est à Le Pen qu’il appartient d’initier cette rénovation afin de créer les conditions des succès à venir. Le Pen a toujours considéré que la seule légitimité du combat politique était d’arriver au pouvoir. S’il décide de se représenter, une fois encore, à la tête du Front national,  c’est, me semble-t-il, parce que lui seul peut créer les conditions de la mutation dans la cohésion, en même temps que de la transition qui doit mener au choix du candidat – ou de la candidate – à la présidentielle de 2012.

Vous ne remettez pas donc en cause la stratégie de dédiabolisation ?

J’ai été dès 2002 l’un des initiateurs de la stratégie de dédiabolisation portée par Marine dans les médias. Cette dédiabolisation n’est rien d’autre que la mise en lumière de ce qu’est vraiment en train de devenir le FN, un parti à vocation gouvernementale, tourné vers la conquête du pouvoir pour répondre à l’appel de notre peuple et assurer la continuité du long chemin déjà parcouru par la France vers son destin qui est aussi et peut-être avant tout spirituel.

Certains veulent parler de normalisation politique. Après tout, pourquoi pas ? J’ai quant à moi la conviction que ce processus ne doit pas se dérouler sans un rappel de ce que sont les idées force du FN, ces fameux fondamentaux, cette armature qui est notre force. Alors oui à la dédiabolisation, mais oui aussi à la préférence nationale, à l’immigration zéro, à la défense des valeurs familiales et morales de la nation, au travail et à la patrie.

Je serai très clair : un FN diabolisé, c’est la certitude de la groupuscularisation à moyen terme. Un FN édulcoré, renonçant à ce qu’il est, c’est la désagrégation par aspiration capillaire dans le système. Comme toujours une autre voie existe et je vous invite à méditer ce que disait le chancelier Bismarck : « Dans une équation à deux facteurs, il faut toujours choisir le troisième. »

Etes-vous favorable à la tenue d’un « congrès d’Epinay » de la droite nationale ?

Je ne crois pas à la possibilité d’une confédération de la droite nationale, pas plus que l’on ne peut à mon sens envisager a ce stade un « congrès d’Epinay ». Le FN doit d’abord se renforcer, se réorganiser et affirmer dans le même temps sa volonté de s’ouvrir plus largement. Il nous faut recréer la dynamique initiée au milieu des années 80, de telle sorte que le FN redevienne comme un aimant, un pôle magnétique qui fera venir ou revenir à lui l’ensemble des composantes de la droite nationale.

La grande œuvre de Le Pen, c’est de n’avoir cessé de rassembler et de faire travailler tout le monde ensemble, au-delà des sensibilités des uns et des autres, en faisant sortir chacun de sa chapelle. Il y a eu, ces derniers temps, beaucoup de querelles de personnes et de susceptibilités froissées. Faisons en sorte que tout le monde puisse revenir dans cette grande maison. Il y a plusieurs pièces dans la maison du Père.

Vous-même aviez pourtant quitté le FN durant quelques années pour créer votre propre organisation…

Eh bien oui, j’ai connu la tentation de l’extérieur. J’en ai vite fait le tour. J’ai vite compris que seul un grand parti politique pouvait être efficace pour défendre les idées qui sont les miennes, et je ne peux qu’inviter ceux qui ont pu avoir cette tentation à revenir dans la famille. Je suis bien placé pour dire à ceux qui sont aujourd’hui à l’extérieur qu’il est temps de revenir à la maison.

La droite nationale peut-elle parvenir un jour au pouvoir ?

Si elle n’y parvient pas, au grand musée des rendez-vous manqués, nous aurons toute notre place. A condition que, dans cette France perdue, il y ait encore des musées.

Propos recueillis par Bruno Larebière

 

Cet entretien avec Jean-François Touzé constitue une introduction à un dossier vraiment passionnant réalisé par l'équipe de Jean-Marie Molitor et de Bruno Larebière qui mérite d'être lu par l'ensemble des cadres, militants et sympathisants de la Droite de conviction. Allez vite vous procurer ce numéro du Choc du mois chez votre marchand de journaux. Vous ne le regretterez pas...

 

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